Un ancien conte africain raconte qu’en brûlant la forêt,tous les animaux se mirent à fuir, compris le lion. Seulement un colibri se voyait voler intrépide vers l’incendie. Ainsi, le lion, roi de la forêt, demanda au petit oiseau parce qu’il se dirigea avec beaucoup de courage vers l’endroit dans lequel tout était en train de brûler. Le colibri répondit qu’il allait là pour éteindre l’incendie. Mais est-il impossible de dompter flammes d’ainsi vastes dimensions – il lui fit remarquer le lion – avec une goutte d’eau qui tu portes dans ton bec ? Au que le colibri répondit : je fais ma partie. L’enfer du Darfur est une guerre contre l’homme dans notre époque planétaire. C’est un événement apocalyptique qui s’entrelace à la faim, à la soif, à la violation totale de la dignité de l’individu et ses droits élémentaires. Quelle société démocratique peut-elle se déclarer avancée , si elle permet à une communauté d’individus de vivre à l’enfer ?
J’ai cru en l’homme. Au Darfur, je n’y crois plus. J’ai eu foi dans l’humanité: au Darfur c’est fini. J’ai pensé que mon espèce avait un avenir. J’ai tenté de m’en persuader. Au Darfur, je suis maintenant sûr du contraire: l’humanité n’a nul destin. Qui a encore de la cruelle cohérence, qui fait bien coïncider avec millimétrique précision clarté intellectuelle et pratique existentielle, il sait bien que la situation au Darfur est une honte pour la conscience de chacun de nous. Une honte crasseuse, détestable,une monotonie du mal.Ne pas rétablir le plein respect des droits humains aujourd’hui, maintenant, tout de suite au Darfur, il serait comme contempler notre même misère humaine: dans nous même comme un autre. Il faut ne plus déférer, ne pas attendre, agir. Participer ? Il ne suffit pas. Le mot a été déjà détérioré par l’usage. La parole participer, on peut encore l’utiliser, mais en sachant qu’il n’est plus suffisant parce qu’au Darfur les individus vivent avec de la merde jusqu’aux genoux.
Cette merde montre aussi la faiblesse de nos démocraties, de nos institutions internationales sans caractère qui n’éprouvent plus ni crainte ni respects pour leurs missions. Les réfugiés sont la phénoménologie de notre temps de barbarie, la cruauté de la faiblesse de nos démocraties, le portrait d’un présent No Future. La tragédie d’hommes, de femmes, d’enfants condamnés à rester seuls parce que personne n’a besoin d’eux, parce qu’ils ne sont pas de la monnaie à produire du profit. Simone Weil soutenait: il faut être agitateurs des idées pour miner à la base les orthodoxies dominantes. Avec passion certaine,vision du réel totalement désinhibé et âcrement critique, dépourvue de quelconque affaissement ou concession. Les individus sans partisans, peut-être, ils n’attirent pas la foule sur les places, ils ne provoquent pas de révolution. Mais ils les préparent, même s’ils ne réalisent rien de concret dans l’immédiat, ils agitent les eaux du marais qui dort. Un parfum qui restera dans l’air, une graine qui fleurira.
Il faut, comme les bourgeons qui se donnent rendez-vous au printemps, se rassembler et dire avec force ça suffit à cet enfer. Un rassemblement spontané et collectif où il n’y a pas besoin de héros, condottieres,apôtres.Un appel vigoureux de la part de n’importe quel homme ou femme, de n’importe quelle foi, de quelconques langues, à quelconque latitude pour affirmer une idée: la population au Darfur a droit à une vraie vie. Il faut, comme le vol merveilleux du colibri qui touche le vacarme des flammes, que toute la communauté internationale exige l’impossible: fin à la honte, au scandale humain au Darfur, à la tragédie des millions de réfugiés condamnés à être individus sans droits.
Antonio Torrenzano