Conversation avec Orhan Pamuk, écrivain, prix Nobel pour la littérature 2006. Ses romans ont rencontré un énorme succès dans son pays et dans le monde et ses livres ont été traduits dans plus de 20 langues étrangères. Le jeudi 12 octobre 2006, l’Académie suédoise a décerné à l’écrivain le Nobel pour la littérature. Mais, l’auteur a remporté également, avant le prix Nobel du 2006, trois grands prix littéraires : le prix France-Culture en 1995, le prix du meilleur livre étranger du New York Times en 2004, le prix des libraires Allemands le 22 juin 2005 et le prix Médicis étranger pour Neige le 7 novembre 2005. Dans le mai 2007, Orhan Pamuk a reçu le titre de « docteur honoris causa de la Freie Universität de Berlin » et dans l’année 2009 le titre de docteur honoris causa de l’Université de Rouen. L’écrivain est considéré comme « un phénomène exceptionnel dans la littérature mondiale ». Orhan Pamuk a écrit nombreux romans dont les suivants traduits en français, aux éditions Gallimard : « La Maison du silence » en 1988, traduit du turc par Münevver Andaç; « Le Livre noir » en 1995 ; « Le Château blanc » en 1996; « La Vie nouvelle » en 1999; « Mon nom est Rouge » en 2001, trad. du turc par Gilles Authier; « Neige » en 2005, trad. du turc par Jean-François Pérouse ; « Istanbul, souvenirs d’une ville » en 2003 et son dernier roman «Le musée de l’innocence » en 2011, trad. du turc par Valérie Gay-Aksoy. Le dialogue avec l’auteur eu lieu à Milan, Venise, Rome et dans la ville de Bruxelles au mois de mars 2011.
Antonio Torrenzano. Les évènements de la Rive-Sud de la Méditerranée de Tunis à Damas, en passant par Sanaa, Le Caire, Bhengasi, Amman, Riyad, Alger ou Casablanca, ils nous indiquent que les sociétés arabes se sont réveillées. Sans prévenir et sans que le monde occidental il eût pu de tout de suite comprendre les véritables causes de ce réveil. Faut-il se méfier de l’eau qui dort…?
Orhan Pamuk. Beaucoup de pays islamiques n’ont pas eu de régimes démocratiques pour longtemps et ceci justifie les révoltes. Les citoyens ont pris leur destin en main. Ce réveil est un bouleversement historique, mais beaucoup de chemin reste à faire.
Antonio Torrenzano. Pourquoi le fantôme du fondamentalisme a-t-il rendu aveugle le monde occidental ?
Orhan Pamuk. Le monde occidental ne craint pas l’Islam, mais le fondamentalisme qui ne représente pas du tout les centaines de millions de musulmans dans le monde. Les sociétés occidentales depuis le 11 septembre 2011 avaient associé le monde islamique au terrorisme. Une interprétation fausse que jusqu’aux années soixante-dix personne n’aurait rêvé de la faire. Cette vision dépourvue de chaque fondement, elle a créé dans la réalité les conditions idéales pour un non-dialogue entre les deux systèmes sociaux. J’ajouterais encore le rôle des médias occidentaux que dans leurs interprétations plusieurs fois pas correctes de la réalité ils ont manipulé l’opinion publique en modifiant sa perception vis-à-vis de l’entier monde islamique. Mais, celui-ci a été seulement un petit aspect du non-dialogue entre les deux cultures pendant la dernière décennie.
Antonio Torrenzano. Les prétentions des individus de l’Afrique du Nord et du Continent africain, elles me semblent identiques au reste du monde : liberté de pensée, liberté d’expression, liberté de choisir leurs gouvernants. Encore, la transparence dans la gestion des biens publics ! Les jeunes sont exaspérés par leur quotidien sans avenir. Il y a encore le problème de la pauvreté économique dans nombreux États de la région. Qu’est-ce qu’on peut faire pour réduire ce gap ?
Orhan Pamuk. Je ne crois pas aux grandes lignes d’action d’ingénierie sociale. Surtout, si ces actions sont produites par les gouvernements. Parce que les intérêts économiques et politiques – tôt ou tard – ils prévalent toujours sur les aspirations des individus. Nombreuses fois dans l’histoire humaine, les mensonges et le son des bombes ont effacé et couvert la voix des individus. Notre devoir, c’est de défendre les valeurs dans lesquelles nous croyons sans exiger de les imposer à tout le monde.
Antonio Torrenzano