Pourquoi les économies occidentales tremblent-elles de crise en crise ? Conversation avec Zygmunt Bauman, université de Leeds.

Conversation avec Zygmunt Bauman, sociologue, écrivain, professeur de sociologie dans plusieurs universités du monde. Il a enseigné aux universités de Tel-Aviv et de Leeds. Auteur de nombreux essais, traduit dans plusieurs langues étrangères, il a publié en France : «Le coût humain de la mondialisation», éditions Hachette, 1999; «Modernité et Holocauste» éd. La Fabrique, 2002; «La Vie en miettes, Expérience postmoderne et moralité» éditions du Rouergue/Chambon, 2003; «L’Amour liquide, de la fragilité des liens entre les hommes» éditions du Rouergue/Chambon, 2004; « La Société assiégée», éditions Hachette, 2005. Le dialogue a eu lieu à Modène pendant le festival international de la philosophie organisé par la Fondation Collegio San Carlo au mois de septembre 2011.

Antonio Torrenzano. Perchées sur le fil de la dette, les économies occidentales tremblent de crise en crise. Réunions, de sommets exceptionnels sont devenus désormais un fait périodique. Depuis trois ans de crise, comment peut-on rompre avec cette mondialisation financière réductrice ?

Zygmunt Bauman. La crise économique que tout le monde est en train de vivre depuis le 2008, elle dérive de cette perverse mondialisation sans réglementation. La mondialisation financière a toujours détesté toutes les vérifications juridiques et les surveillances comptables autant que les organisations criminelles. Les vérifications ont été toujours des obstacles qui bloquaient la rapidité des échanges et du profit. Nous pouvons donc affirmer que les marchés les plus florissants au monde, ils sont le criminel et le marché financier. Cette crise économique est la énième crise cyclique produite par le capitalisme financier. Il faudra encore comprendre quel prix la société civile devra payer. Mais, je crains que le prix de ce désastre cette fois soit très haut, surtout pour les nouvelles générations.

Antonio Torrenzano. Quel sera-t-il l’avenir politique de l’Europe ? L’Europe politique réfléchira-t-elle sur ses vraies questions ?

Zygmunt Bauman. Pour ce qui concerne le futur de l’Europe et de l’organisation qu’elle s’est donnée, je ne suis pas pessimiste ni sceptique. L’Union européenne atteindra ses nouveaux objectifs politiques, j’en suis sûr. Mais, ces objectifs ne devront pas être seulement de natures économique et monétaire. Le débat devra se développer sur la grande crise du capitalisme et sur quel type de nouvelle société européenne nous voulons édifier.

Antonio Torrenzano. Nouvelle société européenne ?

Zygmunt Bauman. La thèse est simple à la souligner, mais la discussion sera compliquée. Paul Valéry disait que deux grands dangers menacent l’homme : le désordre et l’ordre. Si on vit dans le désordre, on ne peut donner forme au monde qu’on perçoit. On perd sa cohérence, on est confus. Il faut donc un ordre, mais pas seulement, car l’ordre se pétrifie, se transforme en doctrine et finit par être désadapté du monde vivant. Ordre et désordre sont deux forces opposées qui doivent se marier pour fonctionner ensemble. L’Histoire européenne a été toujours caractérisée de merveille et tragédie humaine, l’Europe peut donc réussir à bâtir son nouveau projet social. Mais, elle doit redécouvrir ses valeurs fondamentales et devra guérir la grande crise de valeurs et de doutes qui la serre.

Antonio Torrenzano. La mondialisation économique unifie et divise, égalise et inégalise. Les développements économiques du monde occidental et de l’Est asiatique tendent à y réduire les inégalités, mais l’inégalité s’accroit à l’échelle de la planète, entre développés et sous-développés. Pourquoi, selon vous, la Chine est-elle préoccupée ?

Zygmunt Bauman. La Chine est préoccupée pour la quantité énorme d’argent qui a presté aux États-Unis. L’État chinois, il devient de plus en plus inquiet pour l’idée de perdre le marché américain pour ses exportations. Pourquoi ? Parce que le marché américain reste encore pour les exportations chinoises un endroit économique de référence. Cette situation préoccupe beaucoup l’économie chinoise. Perdre cet important marché de distribution terrorise Pékin. Où exporteraient-ils leur infinie quantité de marchandises produites ? Cet exemple met dans une grande évidence les effets négatifs de la mondialisation.

Antonio Torrenzano

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