Apprendre… Conversation avec Umberto Galimberti, université Cà Foscari-Venise.

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Conversation avec Umberto Galimberti, écrivain, professeur de philosophie de l’histoire et de psychologie dynamique auprès de l’université Cà Foscari de Venise, membre de l’International Association of analytical psychology, éditorialiste au quotidien italien «La Repubblica». Auteur de nombreux essais, traduits en allemand, espagnol, portugais, grec et japonais, dons nous rappelons : « Il tramonto dell’Occidente nella lettura di Heidegger e Jaspers (1975-1984)», « Il corpo» 1983, «Gli equivoci dell’anima» 1987, «Psiche e Techne. L’uomo nell’età della tecnica» 1999, «Le cose dell’amore» 2004, « La casa di psiche. Dalla psicoanalisi alla pratica filosofica» 2005, « L’ospite inquietante. Il nichilismo e i giovani» 2007 et la dernière publication « Il segreto della domanda. Intorno alle cose umane e divine» Rome, Apogeo éditions, 2007. Il est encore auteur du «Dictionnaire de psychologie» Milan, Utet éditions 1992. Le dialogue a eu lieu à Reggio Emilia et Venise auprès de l’université Cà Foscari.

Antonio Torrenzano. Pourquoi les nouvelles générations ont-elles peur de l’avenir ? L’école déroule-t-elle encore son vrai rôle ?

Umberto Galimberti. Les dernières générations ont devant le rien qui s’annonce. Ils vivent dans une absence de sollicitations, qui porte cette génération à s’enivrer par de fortes émotions, de musique et images violentes, de sensations synthétiques, mais artificielles. Même s’ils ne le savent pas, les jeunes vivent très mal leur temps présent. Les horizons sont opaques, leurs âmes sont dans un état de lassitude et leurs sentiments ne brûlent pas dans le coeur comme, par contre, il devrait arriver à cette période de la vie. Le problème est le nihilisme. Les valeurs se sont maintenant écroulées, voilà le problème. Attention, parce que les valeurs dont je parle avec vous, ils ne sont pas affirmés dans le sens spirituel ou moral. Le sens, que j’attribue ici à la parole, est le manque de cohésion sociale, de relations humaines, de reconnaissance de l’autre. Facteurs que notre société contemporaine a perdus au long de la rue. Nous vivons dans une sorte de solitude de masse, où l’avenir est impénétrable. Les nouvelles générations n’ont plus un parcours guidé de croissance émotive ni à l’école ni chez eux avec les parents. Quand l’école n’accroît pas l’émotion, mais seulement les données mnémoniques, les jeunes ne connaissent plus les sentiments. À la place du dialogue succède le geste, qui est un revenir aux origines. Dans le monde primitif, les gestes remplaçaient le conflit exercé avec les mots. Mais si les garçons ne connaissent plus de sentiments ni de mots, le geste finit d’être le seul élément agrégeant.

Antonio Torrenzano. Le nihilisme, dont parlez-vous dans vos derniers essais, est-il en train de priver les nouvelles générations des énergies nécessaires pour construire l’avenir ?

Umberto Galimberti. À la base du nihilisme des nouvelles générations, il y a l’absence de l’avenir. Avenir qu’ils ne voient pas. Futur qui n’attire plus, parce que l’avenir est au-delà de nulle part. Les parents, de leur côté, ils renoncent à leurs autorités et ils deviennent contractuels: si tu prends un bon vote, par exemple, nous te donnons la motocyclette. La situation devient très préoccupante. Les jeunes ne vont pas en avant, mais pour un mécanisme de logique infernale. À mes temps, l’avenir s’annonçait comme espoir; pour eux, le futur est décourageant. Ils devraient réussir à découvrir une ancienne pratique des Grecs: connaitre soi-même. C’est-à-dire ta spécificité, ta vertu, tes capacités uniques. L’ancien proverbe grec affirme que chacun de nous, il vient au monde avec un mandat précis, une fonction. Si chacun de nous réussit à trouver son mandat précis: chacun de nous atteindra son démon, son étoile polaire, son nord. Cet exemple, il fait comprendre l’idée d’eudaimonia, comme les Grecs disaient. C’est-à-dire notre bonheur, la bonne réalisation de notre démon.

Antonio Torrenzano. Mais la société contemporaine a-t-elle aussi la faute de barrer aux jeunes la possibilité de s’exprimer ?

Umberto Galimberti. Si la société réelle ne convoquait pas très bientôt les nouvelles générations à oser, à croire à l’avenir, à créer une nouvelle forme de vivre ensemble, à mettre à disposition de tous leur créativité, alors ils continueront à s’exprimer dans la société virtuelle. La croissance très rapide du Réseau Net, des carnets numériques, de toutes les nouvelles formes de culture électronique donnent une visibilité, une reconnaissance, une identité qu’aujourd’hui est barrée à eux dans l’espace social et politique de la réalité.

Antonio Torrenzano

 

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