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Conversation avec Manuel Castells, écrivain, sociologue, professeur de sociologie et de planification urbaine et régionale depuis 1979 près de l’université de Berkeley en Californie. Il quitte l’Espagne à 20 ans, pour cause d’activisme antifranquiste, et il étudie en France la sociologie et l’urbanisme. Il développe dans ses travaux, notamment The Urban Question: a Marxist Approach et The City and the Grassroots, une approche structuraliste des formes urbaines et des relations entre l’économie, le social et les structures spatiales. Il s’est particulièrement intéressé au rôle de l’État en tant que régulateur des crises urbaines. Entre 1967 et 1979, il enseigne à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, avant de rejoindre Berkeley. Il s’intéresse alors à la Silicon Valley et la société de l’information. Il en devient un spécialiste reconnu avec sa trilogie consacrée à « L’ère de l’information » qui met particulièrement en évidence les transformations de la société par le développement des réseaux et la convergence numérique. Il est également directeur de recherche à l’Internet Interdisciplinary Institute de Barcelone, université virtuelle mondiale. Auteur de nombreux essais publiés dans plusieurs langues étrangères, dont « L’ère de l’information. Vol. 1. La société en réseaux », Paris, éditions Fayard, 1998 ; « L’ère de l’information. Vol. 2. Le pouvoir de l’identité », Paris, Fayard, 1999; « L’ère de l’information. Vol. 3. Fin de millénaire », Paris, Fayard, 1999; « Dans quel monde vivons-nous ? Le travail, la famille et le lien social à l’ère de l’information », en collaboration avec Martin Carnoy et Paul Chemla, 2001; « La Galaxie Internet », 2002. Le dialogue a eu lieu dans la ville de Milan auprès de l’université Milano Bicocca au mois de mai 2009.

Antonio Torrenzano. La diffusion dans nos sociétés de la convergence numérique a connu donc dans la première décennie du XXI siècle une vitesse sans précédent. Selon le philosophe français Paul Virilio, cette augmentation de la vitesse de la réalité a produit, en même temps, de plus grandes vulnérabilités et instabilités de la société même. Est-ce qu’il est ainsi aussi pour vous ?

Manuel Castells. Le réseau internet est dans une phase de transition. Je considère le réseau net comme l’équivalent de l’électricité dans l’ancienne ère industrielle. La toile est désormais à la base du networking : la forme d’organisation plus importante de notre société. L’essence même de notre présent, de la politique, de la guerre, du travail, des relations sociales, des actions militaires, du mouvement altermondialiste jusqu’au terrorisme international. Le réseau internet, cependant, ne résout pas les problèmes de la société, mais il les exprime et il les amplifie en rendant plus vulnérables les gouvernements, mais pas la société. Je trouve alors que la thèse de Paul Virilio on peut la partager seulement si nous pensons que la vulnérabilité de la société dépend de celle des gouvernements.

Antonio Torrenzano. Comment, selon vous, la Toile peut-elle influer sur la politique des gouvernements et des États ?

Manuel Castells. La particulière situation internationale que nous sommes en train de vivre, elle a aiguisé la pression des gouvernements sur le web. Depuis les origines du réseau net, les gouvernements, de droite et de gauche sans aucune distinction, ils l’ont considéré comme une grande menace. Les gouvernements effrayés par l’incapacité d’une vérification centralisée de la Toile, ils ont développé celle que j’appelle «China syndrome». Je pense, au contraire, qu’il faudra seulement trouver les nouvelles modalités appropriées pour les appliquer au Réseau sans aucun besoin de législations exceptionnelles.

Antonio Torrenzano. Dans votre dernier essai, vous écrivez que dans cette ère numérique les batailles culturelles elles sont en réalité de batailles pour le pouvoir. Qu’est-ce que vous entendez pour batailles pour le pouvoir ?

Manuel Castells. Dans mon dernier essai, j’affirme que les campagnes culturelles produites par le réseau internet, elles sont des combats en termes de valeurs. Je vous fais un exemple : si je donne de la valeur à la protection de l’environnement plus qu’aux consommations matérielles, je produis par mon blog des pressions sur les usines et sur les gouvernements afin qu’ils puissent modifier le modèle de croissance économique dans cette orientation. Si ma valeur est l’argent, alors je me concentrerai sur la production de la richesse, mais aujourd’hui pour produire du nouveau profit sur la Toile j’aurai besoin d’une nouvelle innovation et de nouvelles idées fondées sur les valeurs. Puisque notre société désormais est basée sur la prise de décisions fondées sur l’information, le changement des catégories culturelles sur lequel ces informations sont développées change les décisions et il modifie les relations entre le pouvoir et la société.

Antonio Torrenzano

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Les années 2000 ont confirmé la spectaculaire progression de la convergence numérique dans notre environnement journalier. Carnets virtuels, forums de discussion, réseaux sociaux… L’homme numérique écrit, se mobilise, partage ses enthousiasmes, ses combats. Depuis dix ans, le réseau net n’en finit plus d’élargir l’espace public. Manuel Castells soutient que : « les réseaux constituent la nouvelle morphologie sociale de nos sociétés, et la logique de la mise en réseau détermine largement les processus de production, d’expérience, de pouvoir et de culture […] Ce qui est nouveau aujourd’hui c’est le fait que les technologies de l’information fournissent la base de son expansion à la société tout entière ». Société en réseau émancipée des hiérarchies verticales dans laquelle le sociologue Manuel Castells pense que l’individu peut trouver de nouveaux leviers pour réaffirmer soi-même, faire vivre avec plus de force son identité dans un monde déterritorialisé. Manuel Castells soutient encore que le réseau est en train de construire une intelligence collective qui a l’occasion de substituer une organisation en réseau égalitaire aux vieilles hiérarchies pyramidales.

La diffusion dans nos sociétés de la convergence numérique a connu donc dans la première décennie du XXI siècle une vitesse sans précédent. L’installation de la société de l’information dans notre quotidien est désormais, comme nombreuses statistiques européennes constatent largement acquise. En France, plus de 25 millions de Français sont désormais des utilisateurs constants d’internet, près de 17 millions de foyers sont abonnés au haut débit, envoyer un courrier électronique est devenu aussi banal que de passer un appel téléphonique par le mobile. Comme l’avait déjà prophétisé Nicholas Negroponte il y a quelques années, le réseau net est omniprésent dans notre quotidien, il est devenu un élément structurant de notre économie, un point de repère de la vie d’homme numérique. Si en 1985, la passion pour le micro-ordinateur et la culture du langage de programmation étaient exclusivement de savoirs et de questions pour les spécialistes ; désormais, l’ordinateur n’est plus une affaire de passionnés ou professionnels.

Dans la société de l’information, il a écrit Laurent Sorbier, Teknê et Polis s’entrelacent encore plus intimement et fortement que par le passé jusqu’à former une seule et même toile, celle de l’internet. Mais la convergence numérique a transformé aussi l’environnement de l’information. Le passage rapide au numérique a changé l’édition, la recherche, l’apprentissage, la culture, les professions, tout ce qui concerne notre vie quotidienne. Le secteur de l’édition est intrinsèquement numérique maintenant. La photographie a fait la même chose autant que la production audiovisuelle. Les sites Web, qui constituent la plus récente des formes d’édition, documentent maintenant une large partie de l’activité commerciale et économique en Europe autant que dans la planète.

La révolution actuelle n’est pas une simple révolution technique, mais quelque chose de beaucoup plus profond, comparable à ce que fut l’apparition de l’alphabet ou à l’invention de l’imprimerie. Mais, le net est-il l’équivalent d’une imprimerie universelle, personnelle, ubiquitaire, instantanée ? Cette «intelligence collective» sera-t-elle assimilable à la noosphère de Teilhard de Chardin ? Sera-t-elle une « nappe » d’intelligences personnelles et libres ? Les formes contemporaines de production, de circulation et d’usage du document numérique accompagnent l’émergence d’une nouvelle modernité. Mais, cette nouvelle modernité n’a pas été encore analysée. La déterritorialisation de la mondialisation liée intrinsèquement à la nature du cyberespace, préparent-elles un nouvel ordre mondial ? Devant un tel choc, nos anciens repères s’évanouissent. Alors, vers quoi se tourner ? De quelle clairvoyance avons-nous aujourd’hui besoin ?

Antonio Torrenzano

 

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Le développement d’une nouvelle société dite de l’information a vu émerger dans ces dernières années une nouvelle génération Internet, baptisée aussi «génération Y», c’est-à-dire un groupe de presque 13 millions d’individus âgés de 15 à 29 ans. Ce mot un peu obscur désigne en réalité les nouvelles générations nourries à l’informatique en réseaux et pétries de culture Web 2.0, que d’ici à dix ans ils deviendront les nouvelles ressources humaines du marché du travail et ils feront entrer dans les entreprises leurs nouveaux modes de communication et d’organisation. Même l’école devra revoir ses méthodes. Pour Manuel Castells, le monde du travail et le monde de l’éducation devront nécessairement s’adapter à cette nouvelle culture. 

Un défi qui posera nombreux de problèmes aux employeurs afin d’intégrer la génération Y dans leurs entreprises sans créer un choc des cultures et des générations. Comment faire alors évoluer les organisations de travail afin de tirer la  « génération Y » avec tout leur potentiel dans la nouvelle société européenne ? Quelles sont leurs attentes en matière de vie professionnelle et qui sont finalement ces « Y » qui pourraient bien gérer le monde de demain ? Les nouvelles technologies vont-elles trop vite ?   

C’est la question qui se pose la XXXV édition de la conférence internationale de la Fondation Pio Manzù à Rimini du 23 au 25 octobre 2009. Nombreux les sociologues, les économistes, les professeurs de l’école secondaire et d’université du Continent européen, de l’Afrique, de l’Amérique Latine, des États-Unis qui débattront sur ce sujet. Les débats s’interrogeront sur comment les adolescents utilisent les outils numériques à leur disposition et quelles réponses multidisciplinaires développer pour que la diversité culturelle entre les générations puisse être effacée. Parmi les invités qui dialogueront à ce sujet, il y a  Michel Fize, sociologue au CNRS, Richard Descoings, directeur de l’Institut Sciences Po de Paris, Manuel Castells, Martin Hirsh, Haut Commissaire à la Solidarieté contre la Pauvreté, Maria Novak, Onyeka Obasi, président de l’association Friend of Africa International, Frank Furedi de l’université de Kent, Mafalda Stasi de l’université Paris VI, Giandomenico Picco ancien sous-secrétaire aux Nations Unies, Guillaume Borie, président du Parlement européen des Jeunes.   

Ouverts à un large public, les débats sur le numérique et les natifs digitaux seront une occasion de réflexion et d’analyse sur le temps présent. Pour suivre les journées du débat, la consultation en ligne est accessible au suivant adresse http://www.piomanzu.org 

Antonio Torrenzano 

 

Bibliographie Net sur les «natifs numériques» avec leur langage et leur mode de fonctionnement, consulter en ligne le mémorandum à l’adresse http://fr.wikipedia.org/wiki/Natif_numérique.

*Anne-Caroline Paucot, «Comprendre la génération Internet», Maxima éditions, Paris,2007.

*Jacques Vauthier, «La génération Internet», Eska éditions, Paris, 2006.

*Aurore Gorius , « La génération Internet a soif de mobilité », Le Point, 18.09.2008

*Benoît Hopquin, « Cadres, la comédie du bonheur. Pour les jeunes, ‘‘la vraie vie est ailleurs’’», Le Monde, 18.09.08

*Almudena Coral, « La oportunidad de la generacion Y », El Pais, 13.07.2008.*Ollivier Daniel, Tanguy Catherine, « Génération Y : mode d’emploi, intégrez les jeunes dans l’entreprise. », De Boeck éditions, Paris, 2008.

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Le dernier rapport de la Commission européenne sur la compétitivité numérique en Europe révèle que le secteur a réalisé de sérieux progrès au sein de l’UE au cours des cinq dernières années. Plus de la moitié des Européens (le 56%) utilisent désormais le réseau net de manière constante et le 80 % des individus le fait avec une connexion rapide.

Le rapport juge essentiel de continuer à investir sur l’économie numérique pour que l’UE «puisse durablement se remettre de la crise économique. L’économie numérique européenne, a déclaré le porte-parole de la société de l’information de la Commission européenne, dispose d’un formidable potentiel, mais pour que cet avantage se traduise en croissance durable et en nouveaux emplois, les institutions nationales doivent montrer la voie à suivre en adoptant des stratégies coordonnées pour faire tomber les possibles obstacles ».

«Nous devons poursuivre dans cette direction, a toujours affirmé l’attache de presse, pour qu’une nouvelle génération d’Européens reste compétitive dans les enjeux mondiaux. Ces jeunes utilisent désormais intensivement l’internet et sont également des consommateurs très exigeants. Pour que le potentiel économique de ces natifs du numérique s’exprime pleinement, nous devons faire en sorte que l’accès aux contenus numériques soit à la fois aisé et équitable». Pour Bruxelles, ces générations numériques représentent un potentiel important pour la croissance du continent. Ces jeunes, affirme-t-il le rapport, ils sont âgés de 16 à 24 ans et le 73 % d’entre eux utilise régulièrement tous les services numériques pour créer et partager du contenu.

Le rapport de la Commission sur l’économie numérique est la première étape de la nouvelle stratégie européenne pour ce qui concerne les TIC que la Commission a l’intention de présenter en 2010 dans le cadre de la prochaine agenda de Lisbonne. Pour la consultation en ligne du mémorandum, il est accessible au suivant adresse: http://ec.europa.eu/information_society/eeurope/i2010/pc_post-i2010/index_en.htm

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Michel Maffesoli, professeur de sociologie à l’université de Paris-Sorbonne, directeur du CEAQ, fondateur de la revue de sciences humaines et internationales Sociétés. Le dialogue avec l’auteur a eu lieu à Modène pendant le festival international de la philosophie, dans le mois de septembre 2008. La première partie du dialogue a été publié le 07 octobre 2008.

Antonio Torrenzano. La diffusion et le pouvoir social du Web 2.0 confirment votre perspective interprétative que vous avait proposée en 1988 dans votre essai « Les temps des tribus, les déclins de l’individualisme dans les sociétés de masses ».

Michel Maffesoli. Les réseaux sont déjà devenus, en effets, la scène dans laquelle ils s’exhibent et parfois ils prennent forme de différents tribalismes qui marquent notre tissu social. Le réseau net soutient et il accélère la grande mutation qui accompagne le passage à la postmodernité : de la verticalité à l’horizontalité. Le réseau net et le Web 2.0 témoignent ouvertement comme les sociétés contemporaines ne fassent plus pivot sur l’individu rationnel, patron de soi et du monde, mais sur petites agrégations sociales dans lesquels le “moi-même” se perd dans l’autre et il se délivre dans les différentes tribus dont il fait partie. Sa question trouve encore une réponse plus précise dans les travaux du Groupe d’étude sur la technologie et le quotidien du CEAQ, qui ont bien montré combien le développement technologique donne vie à une synergie fructueuse avec le retour de l’archaïque,l’explosion de l’imaginaire et la prolifération de formes d’agrégation tribalistes.

Antonio Torrenzano. Pour ce qu’il concerne les effets socio-anthropologiques de la société en réseau et de la diffusion des nouveaux médias en ligne, il y a une division nette entre deux écoles de recherche sociale: d’une partie Castells, Lévy, De Kerckhove soutiennent que cette évolution préfigure une nouvelle société plus informée et démocratique;de l’autre partie Bréton, Baudrillard, Touraine affirment que les nouveaux médias produiront la fin du social et la mort de la réalité. Est-ce que j’aimerais connaitre votre position?

Michel Maffesoli. Ma perspective théorique est plus voisine à la première école qu’à la seconde. Il me semble que l’interactivité et l’horizontalité des réseaux favorisent de formes de socialité apte à renverser la structure pyramidale de la modernité, sa tendance à obscurcir les diversités et à inscrire les sujets sociaux dans de nouveaux projets de longue période pas au nom d’une idéologie et de la raison abstraite. La technologie a donné vie à un paradoxe intéressant: au commencement elle a été le moyen par lequel désenchanter le monde, dans la postmodernité elle est devenue un des facteurs clé pour le reincanto du monde. Je crois, en même temps, que les chercheurs, que vous avez cités dans votre question, ils sont excessivement optimistes sur le cyberspace. Ceux-ci mettent l’accent sur des aspects relatifs à l’augmentation de l’intelligence dans notre société contemporaine; selon moi, le phénomène se lie plus tôt et, en mesure prépondérante, à la dimension émotionnelle de l’existence, à la pensée du ventre plutôt qu’à celle du cerveau. Cette évolution n’a pas encore été comprise par l’intelligentsia française (universitaire, politique, intellectuel, journalistique) qui reste encore liée aux archétypes interprétatifs du XIX et du XX siècle. Modèles absolument inadéquats devant un certain ordre social qui est en train de se détruire. Ces élites sont en crise sans plus une absolue vérité.

Antonio Torrenzano. Croyez-vous que la démocratie soit en crise?

Michel Maffesoli. À mon avis, même s’il peut sembler une affirmation forte, la démocratie est devenue un système vide. Je crois que, stricto sensu,elle soit devenue une antiphrase: il ne dénote plus le pouvoir du peuple, mais le pouvoir de quelqu’un. Autre confirmation du décrochage entre l’intelligentsia et la société qui vit tous les jours dans le quotidien. Il faut revenir à la vraie démocratie, dans le sens étymologique de la parole, de se faire charge de la vie de la ville à partir de ses éléments plus simples qui donnent du sens aux tribus: consommations, logement, sport, culture. De tout ce qu’il offre la possibilité de faire sentir ensemble et être ensemble un groupe déterminé d’individus. Une démocratie qui retourne à se rapporter avec les nouvelles formes expressives et agrégatives de l’espace public. Une démocratie qui peut être revitalisée seulement par les dynamiques émergentes des gens ordinaires et du quotidien, mais en faisant abstraction des catégories actuelles que la politique utilise.

Antonio Torrenzano

 

Post scriptum.

*Un remerciement particulier à l’artiste Patrick Chappatte pour l’illustration.

*Toutes les publications de Michel Maffesoli, comme toutes celles du CEAQ-Sorbonne, sont disponibles sur le site web du Centre d’études: Http://www.ceaq-sorbonne.fr .

 

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Conversation avec Joël de Rosnay, docteur ès sciences, président exécutif de Biotics International et conseiller du président de la Cité des sciences et de l’industrie. Ancien chercheur et enseignant au Massachusetts Institute of Technology dans le domaine de la biologie et de l’informatique, il a été successivement attaché scientifique auprès de l’ambassade de France aux États-Unis, directeur scientifique à la Société européenne pour le développement des entreprises et directeur des applications de la recherche à l’Institut Pasteur. Auteur de nombreux essais dont « Branchez-vous » avec Stella de Rosnay, édition Olivier Orban, (1984), grand prix de la littérature micro-informatique grand public en 1985;«L’avenir en directe », édition Fayard,(1989);«La révolte du pronétariat», Fayard édition, (2005); « 2020.Les scénarios du futur», Fayard, 2008. La conversation a eu lieu à Paris au mois de mai 2008.

Antonio Torrenzano. Comment comprendre la complexité du cyberespace ?

Joël de Rosnay. J’utilise ici un raccourci un peu simpliste pour démontrer que l’évolution technologique est capable d’une plus grande accélération que l’évolution biologique. Une invention est un peu l’analogue d’une mutation. L’homme invente la roue, le crayon,l’aile, le moteur et… ces inventions ont toujours créé une accélération. La différence est que la biosphère a évolué au cours de milliards d’années, la technosphère en quelques dizaines de siècles. Quand l’homme invente le cyberespace et le monde numérique où il peut construire un objet virtuel sur son ordinateur, il s’est doté ( peut-être sans vraiment le savoir) d’une extraordinaire possibilité d’accélération. En effet, l’évolution de la cybersphère se réalise en quelques décennies. On peut analyser cette évolution ou l’on peut l’assimiler à l’approche darwinienne d’un mécanisme de création de variété, c’est-à-dire à un générateur aléatoire de variétés. Dans le cyberespace, de nombreux programmes seront (un peu comme l’ADN d’une certaine manière) téléchargés, utilisés, copiés, améliorés par des utilisateurs. En reproduisant ces programmes, les internautes vont parfois commettre des erreurs, parfois les améliorer. Certains vont développer de nouveaux programmes à partir des programmes originaux que les internautes, d’une manière variée, vont alors choisir de conserver ou d’éliminer selon leur intérêt pour les fonctions proposées. Les mauvais programmes seront rejetés. Ceux qui seront adaptés à un usage donné viendront renforcer l’existant. On note que les mêmes mécanismes de reproduction, d’imitation, de variation, de disparition et d’adaptation s’appliquent aux objets du cyberespace comme à l’ADN. Ce phénomène crée de la complexité, et donc des systèmes de plus en plus variés, interdépendants, sélectifs et adaptés à l’environnement dans lequel ils évoluent.

Antonio Torrenzano. Pouvez-vous nous faire une autre analogie du réseau net après la convergence technologique ?

Joël de Rosnay. Depuis quelques années, on ne présente plus internet. Internet est considéré aujourd’hui comme un véritable phénomène de société qui fait apparaître, à l’échelle mondiale, de nouveaux pouvoirs, de nouveaux enjeux, des nouveaux défis. Mais aussi de nouveaux risques et de nouvelles craintes. On peut comparer le cerveau avec l’organisation d’internet. Des travaux sérieux, menés à l’échelle mondiale, expliquent qu’internet se développe un peu comme les synapses, les neurones, les axones ou les dendrites d’un cerveau humain. Internet fait appel à des mécanismes non pas analogues, mais voisins que la communauté scientifique appelle d’isomorphes. Le net serait donc une sorte de système nerveux dont les internautes seraient les neurones. Il possède une structure de base, fractale (telle que décrite par Benoît Mandelbrot), bâtie sur le modèle des capillaires sanguins de l’être vivant. Internet n’est pourtant pas un nouveau média comme on le décrit généralement et j’expliquerai pourquoi. Plus les technologies se marient entre elles, plus le phénomène s’accélère et se complexifie. La convergence technologique est donc liée à l’accélération. Dans ce contexte, internet est désormais loin de la description qui a été faite il y a dix ans. On a coutume de réduire internet à une technologie de l’information et de la communication (une TIC) ou à un nouveau média. D’une certaine manière, c’est sans doute vrai, mais cette définition est réductrice. Internet n’est pas une TIC, mais une TR, une technologie de la relation. Internet ne peut être réduit à un nouveau média qui s’ajouterais à l’imprimerie, à la radio, à la télévision ou encore à la Poste. Toutes ces fonctionnalités (le texte, la radio, la télé ou le courrier) existent aussi sur Internet. Davantage qu’un « média des médias », Internet est un «écosystème informationnel».

Antonio Torrenzano. Comment gérer alors cette complexité pour construire le monde de demain? Et encore, comment mieux la comprendre ?

Joël de Rosnay. L’évolution scientifique et technique du monde peut être caractérisée par trois mots : complexité, accélération et convergence. En effet, le progrès scientifique et le progrès technologique s’alimentent l’un l’autre. Il en résulte un effet d’amplification créant de nouveaux défis pour le financement de la recherche, la compétitivité industrielle et économique, l’impact sur les populations, la prospective et l’évaluation des choix technologiques. Nous sommes en présence de trois évolutions qui se chevauchent, avec des durées différentes: l’évolution biologique, l’évolution technologique et l’évolution numérique. L’évolution biologique prend des millions d’années. L’évolution technologique fait appel à un Nouveau Monde, celui du cerveau. En interaction avec le monde réel, apparaît donc celui de l’imaginaire. Avec l’avènement du numérique, on entre dans un troisième monde : le virtuel. De la rencontre de ces trois mondes résulte une extraordinaire accélération. Quatre préfixes me paraissent alors symboliser notre monde contemporain, mais encore plus pour le futur, des convergences déterminantes : il s’agit des préfixes info,bio,nano et éco.

Antonio Torrenzano. Avons-nous besoin des approches complémentaires ?

Joël de Rosnay. Il existe bien sûr la méthode analytique que nous a léguée Descartes. L’approche analytique se concentre sur les éléments et considère la nature des interactions, indépendamment de la durée. Lorsqu’on modifie un système complexe, on modifie une variable à la fois et la validation des faits s’obtient par la preuve expérimentale dans le cadre d’une théorie. L’approche analytique est essentielle, mais face à la complexité nous avons besoin d’une seconde, une approche complémentaire qu’on appelle approche systémique (de système), qui permettra d’étudier la complexité sans la découper en petits morceaux. Cette approche cherche à relier les éléments d’un système complexe en se concentrant sur les interactions. Alors que l’approche analytique considère la nature des interactions et leurs causes, l’approche systémique considère les effets des interactions. Cette approche modifie, par la simulation sur ordinateur, des groupes de variables simultanément.

Antonio Torrenzano

 

Post scriptum.

Toutes les conférences de Joël de Rosnay, comme toutes celles du Collège de la Cité des sciences, sont disponibles en vidéo avec tous les documents, tableaux et schémas qui les illustraient, sur le site web de la Cité. Http://www.cite-sciences.fr . Cliquer sur «conférences» et, dans la case «recherche», taper Joël de Rosnay. Le site web de Joël de Rosnay est http://www.derosnay.com

 

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Conversation avec Chad Hurley, fondateur et CEO de YouTube.Né dans la ville de Birdsboro dans l’État de la Pennsylvanie aux États-Unis dans une famille où le père était conseiller financier et sa mère enseignante, il termine ses études universitaires à la Pennsylvanie University et il s’établit en Californie pour travailler auprès de la société PayPal. En 2005 avec Steve Chen et Jawed Karim fonde le site web YouTube qui est devenu le quatrième site internet plus visité au monde. En 2006, Chad Hurley vend sa créature au moteur de recherche Google pour 1,65 milliard de dollars en maintenant la gestion de la société comme CEO. La conversation à eu lieu à Paris pendant le mois de juin 2008.

Antonio Torrenzano. YouTube est devenu un incroyable phénomène populaire, comme est elle née l’idée de créer le site ?

Chad Hurley. YouTube était une idée simple, née par l’exigence de résoudre nos problemes:les vidéos personnelles que nous avions sur nos micro-ordinateurs et que nous voulions partager avec nos amis puisqu’il était impossible les envoyer par e-mail. L’idée est née dans cette manière. Seulement quand nous avons atteint le chiffre d’un million de pages visitées par jour, nous nous sommes rendu compte de ses potentialités. La chose la plus extraordinaire est que nous avons réussi pendant la première année à faire front à l’entretien et à la gestion du site avec une équipe d’amis très réduits. Aujourd’hui, les vidéos vus par les navigateurs sont beaucoup plus d’une centaine de millions chaque jour et, les usagers, ils chargent 10 heures de nouvelles vidéos pendant chaque minute. L’accueil favorable de YouTube est un des éléments uniques qui la différencie des autres sites web.su. YouTube permet une interaction directe entre artistes et public. Beaucoup de professionnels du secteur ont désormais compris que YouTube est un espace numérique dans lequel ils peuvent expérimenter de nouvelles idées. L’unicité dérive du fait que le site ne te permet pas de charger longues vidéos ou film, donc il contraint l’usager à utiliser un temps bref pour transférer son message. YouTube ? Un nouveau moyen de communication mondiale

Fabio Gualtieri. Est-ce que la publicité sera toujours la principale source économique pour YouTube? Encore,YouTube est-il devenu un instrument multimédia utilisé de la politique?

Chad Hurley. Je crois vraiment que oui! Avec mes collaborateurs, nous éviterons toujours de faire payer une taxe d’accès au site ou de faire payer les utilisateurs pour pouvoir décharger une video.Parce que nous sommes convaincus que ce serait un grand obstacle à l’utilisation du site web. Avoir une audience planétaire signifie laisser participer tous librement. Le débat politique sur YouTube? Sur le site existe un débat vif et, en même temps, nouveau. YouTube n’est pas seulement un récipient des vidéos amusantes.

Claudio Poletti. Le site a été récemment bloqué dans plusieurs nations pour des problèmes liés à la piraterie et à la violation des droits d’auteur. Quelles solutions prendra-t-elle la société qui gère YouTube ?

Chad Hurley. Les problèmes que vous citez dans votre question, nous sommes en train de les affronter avec les différents États. Avec les gouvernements des différentes nations, ils sont en-cours de négociations et un dialogue continu pour que YouTube puisse être un instrument multimédia de tous en respectant les différentes cultures et les différentes lois nationales. Il y a des États dans lesquels YouTube n’est pas visible,dans d’autres nations certaines vidéos ont été censurées. Nous avons la nécessaire flexibilité pour une vérification de ce type et pour faire face à ces demandes. Mais, si une nation trouve une vidéo blessante, il ne se comprend pas, pourquoi devrions-nous empêcher sa vision au reste du monde. Pour ce qui concerne la piraterie, nous avons dû trouver une solution définitive et mondiale en souscrivant des textes juridiques avec les maisons discographiques, les télévisions et les sociétés d’édition qui protestaient pour la violation des droits d’auteur. Pour défendre les droits d’auteur nous avons aussi fait de manière pour que les titulaires des oeuvres intellectuelles puissent éliminer les vidéos pirates.

Antonio Torrenzano

Fabio Gualtieri, Claudio Poletti.

 

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Conversation avec Michel Maffesoli, professeur de sociologie à l’université Paris-Sorbonne, directeur du CEAQ, fondateur de la revue de sciences humaines et internationales Sociétés. Michel Maffesoli est considéré le sociologue de l’analyse du quotidien en occupant la chaire qui avait été d’Émile Durkheim. Auteur de nombreux essais publié dans plusieurs Pays, de l’Europe au Japon, du Brésil aux États-Unis, Michel Maffesoli a récemment publié «Iconologies. Nos idol@tries postmodernes». Dans ses essais, Michel Maffesoli n’a jamais arrêté d’assigner de la dignité intellectuelle aux phénomènes sociaux dont les disciplines scientifiques montrent scepticisme, indifférence ou méfiance. Il a toujours analysé les aspects locaux et simples des phénomènes qui accompagnent la vie de tous les jours autant que les phénomènes symboliques et affectifs qui révèlent l’émersion du tribalisme postmoderne soutenu et accéléré par les nouveaux médias. Le long dialogue avec l’Auteur, ici proposé, a eu lieu à Modène pendant le festival international de la philosophie, dans le mois de septembre 2008.

Antonio Torrenzano. L’ère de Prometeo est-elle terminée?

Michel Maffesoli. L’ère de Promete est finie, nous sommes au temps de Dionise. Le passage des grandes valeurs modernes comme l’idée de progrès, du travail, de la raison ils ont été remplacés par des valeurs différentes : le temps présent, la création, l’imagination et par d’autres totems mondiaux.Totems communs à toutes les réalités nationales. Quels ? Le moteur de recherche Google, les raves parties, Second Life, YouTube: l’ensemble de ces totems, ils racontent apparemment changements simples, en réalité très profonds de notre société contemporaine. Une société non plus trempée par la raison, mais par un imaginaire nourri d’idoles. Idoles qu’ils ne font plus l’histoire : plus tôt ils nous racontent nombreuses petites histoires que, mises une à côté de l’autre, forment une instantanée de notre temps contemporain. Nous sommes… hic et nunc comme le titre de votre carnet numérique. Tribus musicales, chat rom, reality show, codes esthétiques, tatouages, ils décrivent tous ensemble un changement profond. Changement pas toujours facile à comprendre : parce que dans la société contemporaine l’émotion prévaut sur la raison et l’homme n’est plus projeté à l’avenir. Il vit dans un présent euphorique et tragique en même temps. Pendant la modernité, le progrès et la rationalité avaient tenté de canaliser la violence, mais aujourd’hui ils émergent de nouveaux sentiments particuliers, tribals, irrationnels que nous pourrions définir barbares. Cependant, je ne crois pas que celui-ci soit inutile : la société occidentale, à force de cultiver le culte du risque zéro, elle s’est endormie. Nous ne risquons plus que mourir de faim, mais d’ennui. Les barbares, cependant, portent du nouveau sang. Ce sont nos fils, les nouvelles générations, qu’ils nous secouent. Ils font cahoter nos certitudes et habitudes, ils bouleversent notre calme.

Antonio Torrenzano. Époque de changements et d’émotions au désavantage de la raison? Quelles sont les icônes de ce temps présent ?

Michel Maffesoli. Nous sommes dans une époque de changements. Les jeunes, ils ne vivent plus projetés vers le futur. Ils vivent seulement l’instant. Je l’appelle présentisme : c’est-à-dire vivre avec de l’intensité le seul présent, qu’il s’agisse de relations affectives ou d’échanges. Vivre l’instant est le mot clé. Les jeunes n’enlacent plus l’idée de progrès, d’un horizon à conquérir, ils se concentrent plus tôt sur valeurs comme solidarité ou l’engagement, ici et maintenant. Je pense aux causes de l’environnement, aux organisations sans but lucratif, mais aussi à toutes les créations artistiques qui se voient sur YouTube. J’observe ces tendances. L’occident a passé deux mille ans à abattre des idoles pour arriver à un idéal et, aujourd’hui, il arrive le contraire. Nous revenons vers une nouvelle forme d’idolâtrie. L’historien Peter Brown parle de « petites divinités parlantes » : nous assistons à quelque chose de semblable. Divinités qui parlent à un public spécifique selon l’inclinaison du spectateur : idoles sportives, musicales, cinématographiques, religieuses, politiques. Étoiles de la télévision et de YouTube.

Antonio Torrenzano. Dans votre essai «Notes sur la postmodernité» vous posez l’attention au rôle de la communication. Vous soutenez que dans les sociétés postmodernes la communication devient communion. Quelles sont les conséquences culturelles produites par cette évolution?

Michel Maffesoli. La communication, mais en grande mesure les procès communicatifs soutenus par les nouveaux médias ont activé un nouveau procès dynamique de socialisation entre les individus, la Terre et les objets qui les entourent. Si la modernité a assigné de la centralité à la dimension économique, rationnelle et politique de l’existence, aujourd’hui on revient à la culture dans un sens le plus ample du mot. Le siècle qui s’annonce mettra son accent sur les aspects liés à la culture immatérielle et à l’imaginaire. La communication assume déjà dans le XXI siècle la fonction que dans le passé ils ont déroulé l’économie et la sociologie. La communication et, pour mieux dire les nouveaux médias deviennent le facteur de reconnaissance et d’identification, ainsi que l’élément sacré autour duquel les communautés se fondent et ils vibrent ensemble. Brièvement, l’élément structural de l’être ensemble postmoderne.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Nadia Lamlili, écrivaine, journaliste à la revue l’Économiste au Maroc, 31 ans. La télévision américaine CNN la primée pour un article sur l’émigration clandestine, intitulé «Quand je serai grand, je veux être migrant ». Nadia Lamlili est la première journaliste marocaine à remporter ce prix dans la catégorie «presse écrite francophone». Après des études supérieures à l’institut de journalisme, Nadia Lamlili enrichit sa formation sur le fonctionnement des institutions européennes à Bruxelles puis en techniques journalistiques à Dakar. Cette journaliste au regard tranchant est, selon tous ses collègues, bourrée de talent. «J’ai couru beaucoup de risques en menant mes enquêtes.La conversation a eu lieu par téléphone. Elle est également auteure de nombreux essais en langue française. Son carnet virtuel http://www.nadialamlili.com. Le dialogue avec Nadia Namlili est la dernière conversation du cycle rencontres d’été. Rendez-vous au mois de septembre pour la rentrée avec nouvelles conversations, débats, reportages. 

 

Antonio Torrenzano.Vous-etes journaliste et blogueuse. Comment avez-vous eu l’idée de créer votre propre carnet numérique ? Pourquoi dans l’herder de votre blog, avez-vous écrit la citation:«un voyage de mille lieus commence toujours par un premier pas» ?

Nadia Lamlili. L’idée m’est venue quand j’étais aux USA dans le cadre d’un programme de visite en formation auprès des médias américains. Là bas, j’ai suivi la bataille opposant les éditeurs de presse aux blogueurs. Le phénomène m’a intrigué et, à mon retour, j’ai voulu tenter l’expérience.Je suis blogueuse depuis trois ans. Maintenant, je crois que j’ai pris le virus. La citation que j’ai affichée dans l’herder de mon carnet, elle est une devise dans ma vie. Je suis de nature ambitieuse et je n’aime pas l’inaction ou l’impuissance. Rien n’est impossible. Il suffit de commencer. Créer mon blog est pour moi un premier pas pour découvrir l’univers du blogging. Je crois que ce n’est que le début de l’aventure. Les cybercarnets seront peut-être les médias du futur. Je compte aussi sur les internautes pour enrichir mes billets.

Antonio Torrenzano. Vous avez remporté le prix journalistique CNN dans la catégorie presse écrite francophone pour un reportage sur l’émigration clandestine. Pourrez-vous nous donner quelques suggestions à ce sujet ? Je pense, encore, au roman de Tahar Ben Jelloun «Partir» qui décrit l’histoire du garçon Azel et de son idée fixe de quitter son Pays pour aller en Europe.

Nadia Lamlili. L’émigration clandestine, c’est dramatique. On a l’impression que tout le monde veut aller en Europe et par tous les moyens. Finis les petits qui veulent devenir pilotes, médecins, enseignants…La migration est devenue un métier. Le reportage est un ensemble d’articles qui appelle les gouvernements européens et maghrébins à avoir une vision plus humaine du phénomène de la migration. Au lieu de réprimer ou d’élever les grillages des frontières à coups de millions d’euros, pensons aux causes de la migration et associons les pays d’origine. Rien n’y fait ! Nos jeunes sont obnubilés par l’idée de partir. Les subsahariens fuient les guerres, les famines et les maladies. Doit-on les réprimer? La migration clandestine ne s’arrêtera pas si les conditions d’une vie digne ne se réalisent pas en Afrique.

Antonio Torrenzano. Les médias numériques seront-ils l’avenir de la presse mondiale ?

Nadia Lamlili. Le Net est maintenant le champ de bataille de la presse mondiale. Nous sommes à la veille d’une révolution technologique qui fera disparaître les journaux en papier. Cette révolution ne touche pour le moment ni la télévision ni la radio. Les médias audiovisuels offrent plus possibilités pour une femme de se distinguer.Etre une femme est un avantage à l’antenne, car le téléspectateur est plus attiré par un visage féminin. S’il est accroché par l’image, il reste sur la chaîne. Même constat pour la radio, où les voix féminines sont plus captivantes. Il ya encore le problème que l’actualité dans les médias marocains, surtout dans les journaux, est très politisée. Peu de publications s’intéressent à des sujets qui touchent réellement le citoyen et la société profonde marocaine. Peut-être parce qu’il n’y a pas beaucoup d’investigation, pas de presse régionale forte et pérenne et très peu de lecteurs. Le Net, en revanche, est utilisé par de nombreux de lecteurs qui cherchent de l’actualité bien approfondie qu’il n’y a pas dans la presse écrite.

Antonio Torrenzano